
Il y a des personnes qui entrent dans une pièce…
et qu’on remarque.
Pas forcément parce qu’elles parlent fort.
Pas parce qu’elles sont particulièrement belles.
Pas parce qu’elles racontent leur vie à toute la salle dans les cinq premières minutes.
Et encore moins parce qu’elles passent leur temps à essayer de prouver qu’elles sont intéressantes.
Pourtant, il y a quelque chose.
Une présence.
On les écoute lorsqu’elles parlent.
On se souvient d’elles.
On a envie de connaître leur avis.
Elles semblent à l’aise sans chercher à prendre toute la place.
Et souvent, on résume ça par :
« Cette personne a du charisme. »
Alors forcément, la question arrive :
Mais comment on fait pour en avoir ?
Le charisme n’est peut-être pas ce que vous imaginez
Quand on pense « charisme », on imagine facilement quelqu’un de très sûr de lui.
À l’aise partout.
Brillant.
Éloquent.
Capable de captiver une salle entière.
Bref, le genre de personne qui pourrait commander un café et donner l’impression de prononcer un discours présidentiel.
Pourtant, une personne peut être extravertie sans être particulièrement charismatique.
Et quelqu’un de plutôt discret peut dégager énormément de présence.
Parce que le charisme ne dépend pas uniquement de ce que vous montrez.
Il dépend aussi de ce que vous dégagez.
Votre regard.
Votre posture.
Votre voix.
Votre gestuelle.
Votre manière d’écouter.
Votre façon d’occuper l’espace.
Et surtout, cette impression difficile à définir mais très facile à ressentir :
cette personne semble être pleinement là.
À trop vouloir impressionner, on peut produire exactement l’inverse
Imaginez une conversation.
Vous voulez absolument que l’autre vous trouve intéressant.
Alors pendant qu’il parle, une partie de votre cerveau travaille déjà :
Qu’est-ce que je vais répondre ?
Il faut que je raconte cette histoire.
Est-ce que j’ai l’air intelligent ?
Est-ce qu’il m’apprécie ?
Est-ce que je suis assez drôle ?
Vous êtes physiquement devant la personne.
Mais mentalement…
vous êtes en réunion avec vous-même.
Et ça se ressent.
Parce qu’à force de vouloir produire une impression, on peut perdre quelque chose de beaucoup plus puissant :
la présence.
Alors comment développer cette présence ?
1. Commencez par être vraiment là
Les personnes charismatiques ne cherchent pas forcément à être intéressantes.
Elles savent aussi s’intéresser.
Vous avez probablement déjà discuté avec quelqu’un qui vous regardait réellement lorsque vous parliez.
Qui écoutait.
Qui posait une question en rapport avec ce que vous veniez de dire.
Qui ne regardait pas son téléphone toutes les trente secondes.
Pendant quelques minutes, vous aviez réellement l’impression d’exister dans la conversation.
Et cette personne vous a probablement laissé une impression positive.
Elle n’a pourtant peut-être rien fait d’extraordinaire.
Elle était simplement…
présente.
2. Regardez ce que votre posture raconte
Avant même que vous ayez prononcé un mot, votre corps a déjà commencé à parler.
Les épaules rentrées.
Le regard au sol.
Les bras serrés contre soi.
Une démarche hésitante.
Le corps semble parfois dire :
« Ne faites pas trop attention à moi. »
À l’inverse, redresser naturellement le dos, ouvrir légèrement les épaules, relever le regard et avoir des mouvements plus posés change immédiatement ce que l’on dégage.
Faites l’expérience.
Baissez la tête.
Rentrez légèrement les épaules.
Regardez le sol.
Faites quelques pas.
Puis redressez-vous.
Relâchez vos épaules.
Regardez devant vous.
Marchez tranquillement.
Ce n’est déjà plus tout à fait la même personne qui entre dans la pièce.
Attention, l’idée n’est pas de bomber le torse façon gorille dominant venant de prendre possession du territoire.
Le charisme n’est pas une démonstration de puissance.
C’est davantage une sensation d’ancrage.
Votre corps semble simplement dire :
« Je suis là. Et je suis à ma place. »
3. Prenez votre place… physiquement aussi
Il y a quelque chose que j’aime beaucoup observer.
Dans une réunion, une salle d’attente, un restaurant ou simplement autour d’une table, regardez comment chacun occupe l’espace.
Certaines personnes semblent essayer de prendre le moins de place possible.
Elles se recroquevillent légèrement.
Gardent leurs affaires contre elles.
Font de petits gestes.
Se déplacent rapidement pour ne surtout déranger personne.
Parfois même, elles s’excusent alors qu’elles n’ont absolument rien fait.
Développer sa présence, c’est aussi s’autoriser physiquement à être là.
S’installer confortablement.
Poser ses mains.
Regarder devant soi.
Marcher sans se précipiter.
Ne pas systématiquement se pousser comme si notre présence gênait.
Ça paraît anodin.
Pourtant, notre façon d’occuper physiquement l’espace raconte parfois quelque chose de beaucoup plus profond :
la place que nous nous autorisons à prendre.
4. Utilisez votre regard
Le regard joue énormément dans la présence.
Fuir systématiquement celui de l’autre peut donner une impression d’inconfort ou d’effacement.
À l’inverse, regarder son interlocuteur lorsqu’il parle et lorsqu’on lui répond crée immédiatement davantage de connexion.
Pas besoin pour autant de le fixer pendant quatre minutes sans cligner des yeux.
Là, vous ne serez plus charismatique.
Vous deviendrez inquiétant.
L’idée est simplement d’apprendre à soutenir naturellement le regard au lieu de le fuir dès que l’on se sent observé.
5. Travaillez votre voix
Le charisme passe aussi par la voix.
Lorsque nous sommes stressés, nous pouvons parler très vite.
Avaler nos mots.
Baisser la voix en fin de phrase.
Enchaîner immédiatement sur une autre idée.
Et parfois continuer à expliquer alors que notre première phrase suffisait parfaitement.
Essayez de ralentir légèrement.
Articulez.
Terminez votre phrase.
Puis…
laissez-la exister.
Vous n’avez pas besoin de remplir immédiatement le silence.
Un silence n’est pas forcément un problème à résoudre.
Une voix posée, vivante, avec des variations et quelques silences peut donner beaucoup plus de présence qu’une voix qui cherche constamment à convaincre.
6. Laissez votre corps participer à la conversation
Être charismatique ne signifie pas devenir une statue parfaitement droite.
La gestuelle compte aussi.
Les mains.
Le visage.
Les expressions.
La façon de raconter quelque chose.
Certaines personnes deviennent tellement préoccupées par l’image qu’elles renvoient qu’elles contrôlent presque tout.
Que dois-je faire de mes mains ?
Est-ce que je souris trop ?
Est-ce que je bouge trop ?
Et à force de vouloir maîtriser chaque geste…
elles perdent leur spontanéité.
Votre gestuelle n’a pas besoin d’être parfaite.
Elle a surtout besoin d’être cohérente avec vous.
7. Arrêtez de vous excuser avant même d’avoir parlé
« Désolée, je voulais juste dire… »
« C’est peut-être idiot mais… »
« Je ne sais pas si mon avis est intéressant… »
« Je me trompe peut-être complètement… »
Et ensuite seulement, vous donnez votre opinion.
Vous venez de la dévaluer avant même que quelqu’un ait eu le temps de l’entendre.
Vous avez le droit de ne pas être certain.
Vous pouvez changer d’avis.
Vous pouvez même vous tromper.
Mais vous pouvez aussi simplement dire :
« Voilà comment je vois les choses. »
8. Osez avoir un avis
Avoir du charisme ne signifie pas imposer son opinion.
Mais quelqu’un qui répond constamment :
« Comme tu veux. »
« Ça m’est égal. »
« Je ne sais pas. »
« Choisis, toi. »
finit par devenir difficile à connaître.
Exprimer une préférence, une idée ou même un désaccord permet aussi aux autres de savoir qui ils ont en face d’eux.
Vous pouvez dire :
« Je ne suis pas d’accord. »
sans ajouter :
« Et donc tu as tort. »
Les deux ne sont pas synonymes.
9. Assumez ce qui vous rend reconnaissable
Votre humour.
Votre enthousiasme.
Votre calme.
Votre façon de raconter.
Votre style.
Votre créativité.
Votre manière de réfléchir.
Vos convictions.
Paradoxalement, à force de vouloir plaire à tout le monde, nous pouvons gommer précisément ce qui nous rend intéressants.
Un peu plus sérieux ici.
Un peu moins enthousiaste là.
Ne pas parler de ça.
Ne surtout pas montrer ça.
Faire semblant de connaître.
Rire alors qu’on n’a même pas compris la blague.
À force, nous devenons parfaitement adaptables…
mais beaucoup moins reconnaissables.
Le charisme vient aussi de cette cohérence entre ce que nous sommes, ce que nous pensons et ce que nous montrons.
10. Intéressez-vous sincèrement aux autres
Pas comme une technique apprise dans un livre pour « devenir charismatique ».
Sinon nous revenons exactement au point de départ.
Soyez réellement curieux.
Posez une vraie question.
Retenez un détail.
Essayez de comprendre pourquoi cette personne pense différemment de vous.
Parce qu’une personne charismatique ne fait pas seulement sentir sa présence.
Elle donne aussi à l’autre le sentiment que sa présence compte.
Et ça, on s’en souvient.
Mais alors, pourquoi est-ce parfois si difficile ?
Voilà la partie qui m’intéresse particulièrement.
Parce que vous pouvez connaître tous les conseils précédents…
et continuer malgré vous à rentrer les épaules.
À détourner le regard.
À parler trop vite.
À ne pas oser donner votre avis.
À vous excuser.
À vous faire petit.
Pourquoi ?
Parce qu’une posture n’est pas toujours qu’une posture.
Derrière un corps qui cherche à prendre le moins de place possible peut se cacher une peur du jugement.
Derrière une voix hésitante, la peur de dire une bêtise.
Derrière le besoin d’impressionner, le besoin d’être validé.
Derrière la difficulté à regarder quelqu’un dans les yeux, un manque de confiance.
Derrière l’incapacité à exprimer un désaccord, la peur de déplaire.
Et derrière la difficulté à prendre sa place, parfois une vieille idée bien installée :
« Je ne suis peut-être pas suffisamment intéressant pour qu’on m’écoute. »
Et c’est là que développer son charisme devient beaucoup plus intéressant que simplement apprendre à avoir l’air charismatique.
Parce que si vous avez appris pendant des années qu’il fallait être discret, ne pas déranger, ne pas attirer l’attention ou ne surtout pas prendre trop de place…
vous pouvez travailler votre posture devant un miroir tous les matins.
Votre corps risque naturellement de revenir raconter l’histoire qu’il connaît.
Le véritable travail n’est donc pas seulement :
« Tiens-toi droit. »
Il peut aussi être :
« Qu’est-ce qui m’empêche de me sentir légitime à occuper pleinement ma place ? »
Faites une expérience
La prochaine fois que vous entrez dans une pièce où se trouvent plusieurs personnes, observez-vous.
Pas pour vous corriger immédiatement.
Juste pour regarder.
Où va votre regard ?
Que font vos épaules ?
À quelle vitesse marchez-vous ?
Cherchez-vous immédiatement un endroit où vous faire discret ?
Que faites-vous de vos mains ?
Et surtout :
qu’est-ce que votre corps semble raconter à votre place ?
Puis changez volontairement quelques petites choses.
Redressez-vous légèrement.
Relâchez vos épaules.
Regardez devant vous.
Ralentissez un peu.
Prenez votre place.
Et lorsque vous commencerez à parler, donnez-vous une seule consigne :
« Je ne vais pas essayer d’impressionner. Je vais essayer d’être pleinement là. »
Puis observez ce qui change.
Le charisme n’est pas devenir quelqu’un d’autre
C’est peut-être même exactement l’inverse.
Ce n’est pas apprendre à jouer le rôle de quelqu’un de sûr de lui.
Ce n’est pas parler plus fort.
Prendre toute la place.
Faire de grands gestes.
Ou devenir la personne la plus intéressante de la soirée.
C’est apprendre progressivement à être suffisamment à l’aise avec qui vous êtes pour ne plus passer votre temps à essayer de contrôler l’impression que vous produisez.
Être présent sans écraser.
Écouter sans disparaître.
Regarder sans défier.
Parler sans s’excuser.
Exprimer son opinion sans l’imposer.
Occuper sa place sans avoir besoin de la justifier.
Et finalement, le charisme commence peut-être simplement là :
quand vous cessez d’essayer d’être impressionnant… et que vous vous autorisez pleinement à être présent.
Comprendre, c’est déjà commencer le changement.
