Pourquoi je doute autant de moi malgré mes compétences ?

Vous savez faire.

Vous l’avez déjà fait.

Parfois même très bien.

On vous félicite.

On vous fait confiance.

On vous confie des responsabilités.

Et pourtant…

Au moment de prendre la parole, de postuler à ce poste, de montrer votre travail ou de vous lancer dans quelque chose de nouveau, une petite voix arrive :

« Tu es sûr(e) d’être à la hauteur ? »

Alors vous vérifiez.

Vous revérifiez.

Vous préparez davantage.

Vous comparez votre travail à celui des autres.

Et parfois, vous attendez encore un peu.

Parce qu’au fond, vous avez cette étrange impression :

les autres semblent avoir davantage confiance en vos compétences que vous-même.

Comment peut-on avoir des preuves que l’on est capable… et continuer à en douter ?

La compétence et le sentiment de compétence sont deux choses différentes

C’est probablement la première chose importante à comprendre.

Être compétent et se sentir compétent, ce n’est pas la même chose.

On peut parfaitement maîtriser quelque chose sans avoir confiance en sa capacité à le faire.

Comme on peut, d’ailleurs, être très sûr de soi sans être particulièrement compétent.

Nous en avons probablement tous déjà croisé un ou deux. 😄

La compétence repose notamment sur ce que vous savez, ce que vous avez appris, expérimenté et réussi.

Le sentiment de compétence, lui, dépend aussi de la manière dont vous vous percevez.

Et les deux ne progressent pas toujours ensemble.

Vous pouvez avoir accumulé dix ans d’expérience…

si intérieurement vous continuez à vous regarder comme quelqu’un qui doit encore prouver sa valeur, les dix années d’expérience ne suffiront pas forcément à faire taire le doute.

Le fameux « Oui, mais… »

Il existe un mécanisme que je trouve particulièrement intéressant.

Vous réussissez quelque chose.

Quelqu’un vous félicite.

Et votre cerveau répond :

« Oui, mais… »

« Oui, mais ce n’était pas très compliqué. »

« Oui, mais j’ai eu de la chance. »

« Oui, mais j’étais bien entouré(e). »

« Oui, mais n’importe qui aurait pu le faire. »

En revanche, vous faites une erreur ?

Là, curieusement, aucun problème pour vous en attribuer la propriété.

« Tu vois ! Je savais bien que je n’étais pas au niveau. »

C’est assez pratique.

Les réussites deviennent circonstancielles. Les erreurs deviennent personnelles.

Et à force de fonctionner ainsi, vous pouvez accumuler les réussites sans qu’elles modifient réellement l’image que vous avez de vous.

Quand notre regard cherche surtout ce qu’il connaît déjà

Nous avons tendance à repérer plus facilement les informations qui correspondent à ce que nous croyons déjà.

Si vous avez profondément intégré :

« Je ne suis pas assez compétent(e). »

vous risquez d’être particulièrement attentif(ve) à tout ce qui semble le confirmer.

Une hésitation pendant une présentation.

Une erreur dans un dossier.

Une personne qui maîtrise mieux un sujet que vous.

Une remarque de votre responsable.

Et tout à coup :

« Voilà. La preuve. »

Pendant ce temps, les projets réussis, les problèmes résolus, les compliments et les années d’expérience peuvent passer beaucoup plus discrètement.

Pas parce qu’ils n’existent pas.

Parce qu’ils entrent moins facilement dans l’histoire que vous racontez déjà sur vous-même.

D’où peut venir ce doute ?

Il n’existe évidemment pas une seule explication.

Mais certaines expériences peuvent participer à construire cette façon de se regarder.

Avoir été beaucoup critiqué(e).

Avoir grandi avec des attentes très élevées.

Avoir été comparé(e) aux autres.

Avoir appris que « bien » n’était jamais vraiment suffisant.

Avoir reçu davantage de remarques sur ses erreurs que de reconnaissance pour ses réussites.

Ou avoir intégré très tôt qu’il fallait faire ses preuves pour être reconnu(e).

Petit à petit, on peut finir par déplacer la barre.

Vous réussissez ?

Très bien.

Maintenant, il faut réussir davantage.

Vous atteignez le niveau que vous vouliez ?

Très bien.

Maintenant, regardez celui qui fait mieux.

Avec un système pareil, la confiance a légèrement du mal à gagner la partie.

Le perfectionnisme peut très bien se déguiser en exigence

« Je ne manque pas de confiance, je suis juste exigeant(e) avec moi-même. »

Peut-être.

Mais parfois, derrière cette exigence se cache une règle beaucoup moins confortable :

« Je dois être irréprochable pour me sentir légitime. »

Et là, le problème est simple.

Personne n’est irréprochable.

Vous pouvez donc travailler énormément, maîtriser votre sujet et continuer à vous sentir insuffisant(e), simplement parce que votre critère pour vous sentir enfin « assez compétent(e) » est impossible à atteindre.

Vous ne cherchez plus à être compétent.

Vous cherchez à ne jamais pouvoir être pris en défaut.

Et ce n’est pas du tout la même chose.

« Et s’ils se rendaient compte que je ne suis pas aussi compétent(e) qu’ils le pensent ? »

C’est ici que l’on retrouve parfois ce que l’on appelle le syndrome de l’imposteur.

Cette impression que notre réussite ne reflète pas réellement nos capacités.

Que nous avons peut-être trompé notre monde.

Que les autres nous surestiment.

Et qu’un jour quelqu’un va forcément découvrir la supercherie.

Alors on travaille davantage.

On prépare tout énormément.

On minimise ses réussites.

On hésite à saisir certaines opportunités.

Et paradoxalement, le travail supplémentaire produit parfois… encore plus de réussites.

Mais au lieu de penser :

« J’ai réussi parce que je suis compétent(e). »

on pense :

« J’ai réussi parce que j’ai travaillé trois fois plus que les autres. »

Et le doute reste tranquillement installé.

Je l’ai souvent observé dans le monde du travail

Pendant mes années de management et de formation, j’ai vu ce paradoxe de nombreuses fois.

Des personnes extrêmement compétentes hésiter à prendre davantage de responsabilités.

Elles avaient les connaissances.

L’expérience.

La capacité à résoudre les problèmes.

Et parfois même, leurs collègues venaient spontanément leur demander conseil.

Mais lorsqu’une opportunité arrivait :

« Je ne sais pas si je suis prête. »

« Il me manque encore telle compétence. »

« Peut-être plus tard. »

Pendant ce temps, quelqu’un d’autre, parfois moins expérimenté, se disait simplement :

« Pourquoi pas moi ? »

Ce contraste m’a toujours intéressée.

Parce qu’il montre à quel point notre évolution ne dépend pas uniquement de nos compétences.

Elle dépend aussi de ce que nous nous autorisons à faire avec elles.

La comparaison est rarement un excellent juge

Il y aura toujours quelqu’un de meilleur que vous dans quelque chose.

Toujours.

Quelqu’un avec plus d’expérience.

Plus de diplômes.

Plus d’aisance.

Plus de connaissances.

Ou simplement une compétence que vous n’avez pas.

Si votre cerveau utilise cette personne comme référence pour déterminer votre propre valeur, la partie est perdue d’avance.

Vous pouvez être excellent(e) dans votre domaine et vous sentir médiocre simplement parce que vous vous comparez à la personne qui maîtrise précisément ce que vous maîtrisez le moins.

C’est un peu comme être très bon cuisinier et décider que vous êtes nul parce que vous ne faites pas les macarons aussi bien qu’un pâtissier.

Le problème n’est plus votre niveau. C’est votre unité de mesure.

Et si vous regardiez enfin les preuves ?

Il y a un exercice très simple que j’aime beaucoup.

Prenez une situation dans laquelle vous doutez de vos compétences.

Puis, au lieu de vous demander :

« Est-ce que je suis vraiment à la hauteur ? »

demandez-vous :

« Quelles preuves concrètes ai-je aujourd’hui de mes compétences ? »

Pas ce que vous ressentez.

Les faits.

Qu’avez-vous déjà réussi ?

Qu’avez-vous appris ?

Quels problèmes savez-vous résoudre aujourd’hui que vous ne saviez pas résoudre il y a quelques

années ?

Pour quoi vient-on vous demander de l’aide ?

Quels retours recevez-vous régulièrement ?

Quelles responsabilités vous a-t-on déjà confiées ?

Puis faites l’inverse :

« Quelles preuves concrètes ai-je que je suis incapable ? »

Et attention.

« J’ai peur de me tromper » n’est pas une preuve.

« Quelqu’un fait mieux que moi » non plus.

« Je ne sais pas tout » encore moins.

Vous découvrirez parfois un décalage assez étonnant entre les faits et le regard que vous portez sur vous-même.

La confiance n’arrive pas forcément avant

On attend souvent de se sentir suffisamment sûr de soi pour agir.

« Quand j’aurai confiance, je me lancerai. »

Mais si la confiance venait aussi de ce que nous nous autorisons à expérimenter ?

On accepte la mission.

On prend la parole.

On propose son idée.

On postule.

On se trompe parfois.

On apprend.

Et progressivement, notre cerveau dispose de nouvelles expériences sur lesquelles s’appuyer.

La confiance ne signifie pas :

« Je sais que je vais réussir. »

Elle peut aussi signifier :

« Je sais que je pourrai faire face, apprendre ou m’adapter, même si tout n’est pas parfait. »

Et ça change énormément de choses.

Vous n’avez peut-être pas besoin de devenir plus compétent(e)

Bien sûr, nous avons tous des choses à apprendre.

Et parfois, un doute est parfaitement pertinent : il nous indique simplement qu’il nous manque une compétence ou de l’expérience.

Mais lorsque vous avez déjà les compétences, les résultats et les preuves…

et que vous continuez malgré tout à vous sentir illégitime…

le problème n’est peut-être plus ce que vous savez faire.

Il est peut-être dans la façon dont vous évaluez ce que vous savez faire.

Alors la prochaine fois que cette petite voix vous souffle :

« Tu n’es peut-être pas à la hauteur… »

ne cherchez pas immédiatement à la faire taire.

Demandez-lui plutôt :

« D’accord. Sur quelles preuves tu t’appuies ? »

Vous pourriez découvrir qu’elle parle beaucoup.

Mais qu’elle n’a pas toujours un dossier très solide.

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