Pourquoi je n’arrive pas à dire non ?

Vous aviez pourtant décidé.

Cette fois, c’est non.

Vous êtes déjà débordé(e).
Vous n’avez pas le temps.
Pas vraiment l’envie non plus.

Et puis quelqu’un vous demande :

 » Tu pourrais me rendre un petit service ? « 

Votre cerveau sait parfaitement ce qu’il faudrait répondre.

Votre bouche, elle, a visiblement reçu une autre consigne :

 » Oui, bien sûr ! « 

Et vous voilà à accepter quelque chose que vous ne vouliez absolument pas faire.

Avec, en prime, cette petite conversation intérieure :

 » Mais pourquoi j’ai encore dit oui ? « 

Bonne question.

Parce que parfois, derrière un simple non, il se joue beaucoup plus de choses qu’on ne l’imagine.

Dire non paraît simple… sur le papier

Trois lettres, un mot : Non.

Techniquement, ce n’est pas très compliqué.

Et pourtant, pour certaines personnes, le prononcer peut provoquer presque immédiatement :

La culpabilité.

La peur de décevoir

La peur de passer pour quelqu’un d’égoïste

La crainte d’un conflit

Ou cette petite voix qui murmure :

« Il va mal le prendre… « 

Alors on accepte.

Et souvent, quelques minutes plus tard, une autre émotion arrive :

l’agacement.

Contre l’autre, parfois.

Mais aussi contre soi-même.

Parce qu’au fond, on sait très bien que personne ne nous a forcés.

On a dit oui.

Alors qu’on pensait non.

Le problème n’est pas toujours de savoir poser ses limites

On entend souvent :

 » Il faut apprendre à poser tes limites. « 

Oui.

Mais encore faut-il comprendre pourquoi c’est si difficile de les poser.

Imaginez deux personnes à qui un collègue demande de rester une heure de plus.

La première répond :

 » Désolée, je ne peux pas ce soir. « 

Et retourne tranquillement à ce qu’elle faisait.

La seconde répond exactement la même chose…

mais intérieurement, c’est déjà le conseil de guerre.

 » Il va penser que je ne suis pas impliquée. « 

 » Et s’il ne me demande plus rien ? « 

 » Les autres vont rester, je vais passer pour quoi ? « 

 » Bon… ce n’est qu’une heure après tout. « 

Et finalement :

« C’est bon, je vais rester. « 

Même demande.

Mais le non n’a pas du tout la même signification pour les deux personnes.

Ce que votre  » non  » signifie pour vous

C’est souvent là que ça devient intéressant.

Parce qu’un non peut simplement vouloir dire :

 » Je ne peux pas « 

Mais il peut aussi être inconsciemment associé à :

« Je vais décevoir « 

 » Je vais provoquer un conflit « 

 » On va penser que je suis égoïste « 

 » On va m’aimer un peu moins « 

 » Je risque d’être rejeté(e) « 

Et forcément, si votre cerveau associe le fait de dire non à une conséquence émotionnelle désagréable, votre oui devient beaucoup plus facile à comprendre.

Vous ne dites pas forcément oui parce que vous avez envie de rendre service.

Vous dites parfois oui pour éviter ce que votre non pourrait provoquer.

Et ce n’est pas tout à fait la même chose.

Comment apprend-on à toujours dire oui ?

Il n’y a évidemment pas une seule explication.

Mais certaines expériences peuvent nous apprendre très tôt à nous adapter aux autres.

Vous avez peut-être été beaucoup valorisé(e) lorsque vous étiez gentil(le), serviable, arrangeant(e).

Peut-être avez-vous grandi dans un environnement où le désaccord créait des tensions.

Peut-être avez-vous appris à ne pas faire de vagues.

À vous occuper des autres.

À faire plaisir.

À être la personne sur qui l’on peut toujours compter.

Et petit à petit, dire oui peut devenir tellement naturel que vous ne vous demandez même plus :

« Est-ce que j’ai réellement envie d’accepter ? »

La réponse sort avant la réflexion.

Quand être gentil finit par coûter cher

Il y a quelque chose de très positif à aimer aider les autres.

Le problème commence lorsque cette disponibilité se fait systématiquement à votre détriment.

Vous acceptez ce dossier supplémentaire alors que vous êtes déjà débordé(e).

Vous rendez encore ce service alors que vous aviez prévu autre chose.

Vous écoutez pendant une heure quelqu’un vous raconter ses problèmes alors que vous êtes épuisé(e).

Vous acceptez une invitation alors que votre seule envie était de rester tranquillement chez vous.

Et à force…

Vous manquez de temps.

Vous vous épuisez.

Vous pouvez même finir par en vouloir aux personnes auxquelles vous avez pourtant vous-même dit oui.

C’est assez paradoxal.

On dit oui pour préserver la relation… et on finit parfois par nourrir du ressentiment dans cette même relation.

« Mais si je dis non, je vais devenir égoïste »

C’est probablement l’une des confusions les plus fréquentes.

Poser une limite ne signifie pas :

 » Je me fiche des autres« 

Cela peut simplement signifier :

 » Je prends aussi en compte mes propres besoins« 

Vous pouvez être généreux sans être disponible tout le temps.

Aimer quelqu’un sans accepter toutes ses demandes.

Être un bon collègue sans récupérer systématiquement le travail des autres.

Être présent pour ses proches sans devenir responsable de tous leurs problèmes.

Le but n’est donc pas de passer de :

 » Je dis toujours oui « 

à :

 » Maintenant, je dis non à tout le monde et débrouillez-vous« 

Ce serait légèrement radical.

Le véritable changement consiste plutôt à retrouver quelque chose que l’on avait parfois oublié en

chemin : le choix.

Avant de répondre, créez un espace

Si votre  » oui  » sort automatiquement, inutile de commencer en vous imposant de dire non dix fois par jour.

Commencez simplement par ne plus répondre immédiatement.

À une demande, vous pouvez dire :

 » Je regarde et je te dis« 

 » Laisse-moi vérifier si je peux« 

 » Je vais y réfléchir« 

Quelques secondes ou quelques minutes peuvent suffire à casser l’automatisme.

Puis posez-vous une question très simple :

 » Si je savais que cette personne ne m’en voudrait pas, est-ce que j’accepterais quand même ? « 

J’aime beaucoup cette question.

Parce qu’elle permet parfois de découvrir très vite ce qui motive réellement notre réponse.

L’envie ?

Ou la peur de la réaction de l’autre ?

Observez ce qui se passe juste avant le oui

La prochaine fois que vous acceptez quelque chose alors que vous vouliez refuser, ne vous contentez pas de penser :

« Je suis vraiment incapable de dire non« 

Essayez plutôt d’observer ce qui s’est passé juste avant.

Qu’avez-vous pensé ?

 » Elle va être déçue« 

« Il va croire que je ne veux pas l’aider« 

« Je vais passer pour une mauvaise personne« 

« Ça va créer une histoire« 

Puis demandez-vous :

Qu’est-ce que j’essaie d’éviter en disant oui ?

La culpabilité ?

Le rejet ?

Le conflit ?

Le jugement ?

La déception de l’autre ?

C’est souvent là que se trouve l’information la plus intéressante.

Parce que votre difficulté n’est peut-être pas réellement de dire non.

Elle est peut-être de supporter ce que vous imaginez que ce non va provoquer.

Dire non, c’est aussi découvrir ce qui se passe après

Il y a enfin une expérience assez intéressante à faire.

Dire non.

Sur une petite chose.

Et observer.

Pas seulement la réaction de l’autre.

La vôtre.

Vous ressentez de la culpabilité ?

L’envie de vous justifier pendant quinze minutes ?

De revenir sur votre décision ?

Vous surveillez le visage de l’autre pour vérifier qu’il ne vous en veut pas ?

Observez simplement.

Parce que c’est parfois en faisant différemment que l’on découvre réellement ce qui nous empêchait de le faire.

Et vous pourriez aussi constater quelque chose d’assez surprenant :

La personne dit peut-être simplement :

« OK, pas de problème« 

Et continue sa journée.

Pendant que vous aviez intérieurement prévu une rupture familiale, trois jours de conflit et votre exclusion définitive de la société.

Je me souviens d’une voisine qui rendait régulièrement service à son amie, au départ ça lui faisait plaisir … puis au fil du temps elle me raconte que c’est presque devenu un dû, qu’elle n’a plus de plaisir et en plus l’impression qu’elle n’a plus le choix. Si bien qu’elle s’est vite retrouvée envahie, par ses demandes et celles des autres qu’elle voulait aider aussi. C’était un peu la sauveuse de tout le monde, toujours débordée, toujours disponible pour les autres et aucun temps pour elle.

Et puis un jour elle a dit non, stop! Bien sur, pas de cette façon, elle lui a dit : « écoute cette fois je ne peux vraiment pas ». Et ça s’est arrêter là. Elle avait enfin réussi à ne pas tout accepter et surtout se respecter. Elle a continuer d’aider mais uniquement lorsqu’elle en avait envie et le temps et ça a changer beaucoup de chose dans sa vie.

Et si votre non avait autant de valeur que votre oui ?

Dire oui est un choix.

Dire non devrait pouvoir en être un aussi.

L’objectif n’est pas de devenir moins généreux, moins disponible ou moins attentif aux autres.

C’est de pouvoir aider quelqu’un parce que vous avez choisi de le faire, et non parce que vous n’avez pas réussi à refuser.

Alors la prochaine fois que vous sentez un « oui » sortir alors que quelque chose en vous pense très fort « non « …

accordez-vous quelques secondes.

Et demandez-vous :

 » Si je dis oui maintenant, est-ce parce que je le veux… ou parce que j’ai peur de dire non ? « 

La réponse pourrait vous apprendre beaucoup de choses sur ce qui se joue réellement derrière ces trois petites lettres: NON.

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