Pourquoi cette remarque m’a-t-elle autant blessé ?

Il suffit parfois d’une phrase.

Une toute petite phrase.

Quelqu’un vous fait une remarque.

Sur votre travail.
Votre façon de faire.
Votre physique.
Votre manière d’élever vos enfants.
Une décision que vous avez prise.

Sur le moment, vous répondez :

« Oui, oui… je vois. « 

Très adulte. Très calme.

Et puis vous rentrez chez vous.

Et la phrase rentre avec vous.

Vous la repassez une fois.

Puis deux.

Puis quinze.

« Pourquoi il m’a dit ça ? « 
 » Il pense vraiment ça de moi ? « 
 » J’aurais dû lui répondre… « 

Et trois heures plus tard, vous êtes toujours en train d’avoir une conversation brillante avec cette personne.

Seul. Sous votre douche.

Avec, évidemment, toutes les bonnes réparties qui arrivent beaucoup trop tard.

Le plus étrange ?

La remarque n’avait parfois rien d’extraordinaire.

Alors pourquoi a-t-elle fait autant de dégâts ?

Ce n’est pas toujours la remarque qui fait mal

Imaginez deux personnes à qui l’on dit exactement la même chose :

 » Tu aurais pu faire mieux. « 

La première répond :

 » Oui, probablement. « 

Et passe à autre chose.

La seconde entend :

 » Tu n’es pas à la hauteur. « 

Même phrase.

Deux réactions complètement différentes.

Pourquoi ?

Parce que nous ne réagissons pas uniquement aux mots qui viennent d’être prononcés.

Nous réagissons aussi à ce qu’ils signifient pour nous.

Et cette signification peut être très différente d’une personne à l’autre.

Une remarque peut appuyer exactement là où ça fait déjà mal

Prenons quelqu’un qui doute beaucoup de ses compétences.

Il travaille sur un projet pendant plusieurs semaines.

Il s’investit.

Il vérifie tout.

Il veut vraiment bien faire.

Puis son responsable lui dit simplement :

 » Il y a deux ou trois choses à revoir. « 

Objectivement, rien de catastrophique.

Mais intérieurement, la phrase peut devenir :

 » Mon travail n’est pas assez bon. « 

Puis :

 » Je ne suis pas assez compétent. « 

Et parfois même :

 » Je savais bien que je n’étais pas à la hauteur.  » 

La remarque n’a pas créé tout cela en quelques secondes.

Elle a peut-être simplement réveillé quelque chose qui était déjà là.

Une peur.

Un doute.

Une croyance.

Une ancienne expérience.

C’est un peu comme appuyer sur un bleu.

La pression n’est pas forcément très forte.

Mais l’endroit était déjà sensible.

Nous n’entendons pas toujours seulement ce qui est dit

C’est là que ça devient intéressant.

Parce qu’entre :

ce que l’autre dit

et

ce que nous entendons

il peut parfois y avoir tout un monde.

Quelqu’un dit :

« Tu pourrais faire un effort. « 

Vous entendez :

 » Tu n’es jamais assez bien.« 

Quelqu’un ne répond pas à votre message.

Vous pensez :

 » J’ai fait quelque chose de mal. « 

Quelqu’un critique une de vos idées.

Vous ressentez :

 » Il me prend pour une incapable. « 

Et pourtant, ce n’est pas forcément ce que l’autre voulait dire.

Notre cerveau interprète les situations à partir de ce qu’il connaît déjà : nos expériences, nos attentes, nos peurs, l’image que nous avons de nous-mêmes ou encore ce que certaines situations ont représenté pour nous auparavant.

Nous ne recevons donc pas toujours une remarque telle qu’elle est.

Nous la recevons aussi à travers notre propre histoire.

Pourquoi certaines remarques nous suivent pendant des heures ?

Parce qu’une fois touché, notre cerveau peut se mettre à chercher.

Il repasse la scène.

Analyse le ton.

Le regard.

Le moment.

Les mots.

« Pourquoi il a dit ça comme ça ? « 

 » Est-ce qu’il voulait dire autre chose ?« 

 » J’aurais dû répondre ça. « 

On pense chercher une réponse.

Mais parfois, on cherche surtout à résoudre quelque chose qui nous a mis intérieurement en insécurité.

Et plus la remarque touche un endroit sensible, plus elle peut prendre de place.

C’est aussi pour cela qu’une phrase complètement anodine pour quelqu’un peut nous accompagner pendant deux jours.

Un exemple que j’aime beaucoup

Imaginez une personne qui a grandi avec l’impression qu’elle devait toujours faire les choses correctement pour être reconnue.

Elle devient adulte.

Elle est compétente.

Elle travaille bien.

Elle reçoit même régulièrement des compliments.

Un jour, quelqu’un lui fait une remarque sur une erreur.

Une seule.

Sur vingt choses réussies.

Devinez laquelle son cerveau va décider d’emmener dîner le soir ?

L’erreur.

Les dix-neuf réussites ? Elles peuvent rentrer chez elles.

Parce que cette remarque vient peut-être confirmer quelque chose qu’elle redoute déjà :

 » Si je fais une erreur, on va se rendre compte que je ne suis pas aussi compétente qu’on le pense. « 

Voilà pourquoi certaines remarques ont parfois une puissance complètement disproportionnée par rapport à leur contenu réel.

Elles ne touchent pas seulement ce qui vient de se passer. Elles peuvent toucher ce que nous croyons déjà sur nous-mêmes.

Le vrai déclic n’est pas de devenir insensible

Le but n’est évidemment pas d’arriver à un stade où plus rien ne nous touche.

À moins de devenir une table basse.

Et encore, certaines finissent très mal après un déménagement.

Le but est plutôt de commencer à faire une distinction :

Qu’est-ce que cette personne a réellement dit ?

et

Qu’est-ce que cette remarque a déclenché chez moi ?

Parce que ce sont deux informations différentes.

La première parle de la situation.

La seconde peut nous apprendre quelque chose sur nous.

Et c’est là que la remarque qui nous a blessé(e) peut devenir intéressante.

La prochaine fois qu’une remarque vous touche…

Avant de conclure que l’autre est un abruti essayez de vous demander :

Qu’est-ce qui m’a réellement blessé(e) dans cette phrase ?

Les mots ?

Le ton ?

La personne qui les a prononcés ?

Le sentiment de ne pas être respecté(e) ?

La peur qu’elle ait raison ?

Puis allez un peu plus loin :

Qu’est-ce que cette remarque semble dire sur moi, dans ma tête ?

 » Je ne suis pas assez bien ? « 

 » Je ne suis pas important(e) ? « 

 » On ne me respecte pas ? « 

 » Je vais être rejeté(e) ? « 

« »Je dois être parfait(e) pour être apprécié(e) ? « 

Et enfin :

Est-ce la première fois que je ressens ça ?

C’est souvent cette dernière question qui ouvre une porte intéressante.

Parce qu’on découvre parfois que la remarque du jour n’est que le dernier épisode d’une histoire beaucoup plus ancienne.

Et si la remarque devenait un indice ?

Toutes les remarques ne cachent évidemment pas une blessure profonde.

Parfois quelqu’un dit quelque chose de désagréable…

et c’était simplement désagréable.

Mais lorsqu’une phrase tourne en boucle, provoque une émotion très forte ou nous touche bien davantage que nous ne l’aurions imaginé, cela peut valoir la peine de regarder ce qu’elle est venue réveiller.

Pas pour chercher un problème partout.

Pas pour excuser celui qui nous a blessé.

Et surtout pas pour conclure que tout vient forcément de nous.

Mais pour comprendre pourquoi cette phrase-là, à cet endroit-là, a eu autant d’impact.

Parce qu’une remarque peut parfois devenir un indice.

Un petit panneau planté au milieu du chemin qui indique :

 » Tiens… il y a peut-être quelque chose à regarder par ici. « 

Et plutôt que de passer deux jours à chercher ce que nous aurions dû répondre…

on peut commencer à se poser une question beaucoup plus intéressante :

 » Pourquoi est-ce que ça m’a autant touché(e) ? « 

La réponse en dit parfois beaucoup moins sur la personne qui a prononcé la remarque…

que sur l’endroit où elle est venue nous toucher.

Retour en haut